Sirop de la Beauce
Producteurs
Erablière: Georges et Jannine
Exploitée depuis: 2002
Grosseur: 34,000 entailles sur 340 acres
Variétés érables:
42% Érables à Sucre
30% Érables rouges
Autres arbres:
10% épinettes
Equipement:
Concentrateur: Concentrateurs modulaires heRO
Évaporateur: Evaporateur Master CDL
Approvisionnement énergie: Parc éolien
Type de sol: Assez plat avec sol argileux
Caractéristiques du sirop:
Des notes de caramel légèrement torréfié et une chaleur boisée subtile se révèlent jusqu'en finale.
Erablière: Les érables des Bois
Exploitée depuis: 2004
Grosseur: 38,000 entailles sur 370 acres
Variétés érables:
75% Érables à Sucre
3% Érables rouges
Autres arbres:
20% Bouleau
2% épinettes
Equipement:
Concentrateur: Nano RO
Évaporateur: Evaporateur Phoenix granules
Approvisionnement énergie: Parc éloiènnes
Type de terrain: Valonneux avec sol argileux
Caractéristiques du sirop:
Des accents de beurre roussi et de fruits secs se dévoilent, portés par une pointe d'épices douce en fin de bouche.
Historique
Avant que la première seigneurie ne soit tracée le long de la Chaudière, la sève sucrée des érables de la Beauce faisait déjà partie de la vie de ceux qui habitaient ces rives. Les Abénaquis, qui nommaient la rivière Kikonteku — la rivière des champs — entaillaient chaque printemps les érables des collines environnantes, recueillant la sève dans des écorces et la réduisant sur des feux à ciel ouvert, bien avant que quiconque n'y voie une industrie.
Pendant des générations, la Beauce a été pays de terre et de rivière. Son sol fertile et la Chaudière, qui permettait de transporter marchandises et récoltes, en ont fait l'une des régions agricoles les plus prospères du Québec dès le XVIIIe siècle — assez pour qu'on la nomme Nouvelle-Beauce, en écho à la campagne généreuse du même nom en France. L'élevage et les grandes cultures de foin et d'avoine faisaient vivre les familles, et l'érablière, elle, restait fidèle au rendez-vous chaque printemps, comme un revenu d'appoint que la terre offrait sans qu'on ait à le lui demander. Au tournant du XXe siècle, la région s'est diversifiée — le bois, le cuir, le textile sont venus s'ajouter aux champs — bâtissant cette réputation d'audace et de débrouillardise qu'on appelle encore aujourd'hui le modèle beauceron. Mais à travers chaque tournant économique, l'érable, lui, est resté.
Il s'est avéré que cette terre s'y préparait depuis longtemps. Les collines beauceronnes, la vallée de la Chaudière, et ce même contraste entre nuits froides et journées douces qui fait couler la sève ont fait de la région un terreau presque parfait pour l'érable. Aujourd'hui, le Québec produit à lui seul près des trois quarts du sirop d'érable mondial, et Chaudière-Appalaches en est la région reine. La Beauce à elle seule — les MRC de Robert-Cliche, Beauce-Sartigan et Les Etchemins — compte plus d'un millier de producteurs exploitant 5,4 millions d'entailles, pour une production annuelle de plus de 54 millions de dollars. Une érablière sur cinq au Québec s'y trouve.
Cette concentration de savoir-faire n'est pas née d'hier. Dès la fin du XIXe siècle, l'arrivée de l'évaporateur a transformé la façon de faire bouillir la sève dans toute la région, et ce même esprit d'amélioration continue — celui qui a fait de la Beauce une terre d'entrepreneurs — s'est toujours retrouvé dans ses cabanes à sucre autant que dans ses usines. Ce n'est pas un endroit tombé par hasard dans le sirop d'érable. C'est un endroit qui a toujours su marier la terre, la rivière et le savoir-faire pour en tirer le meilleur.
C'est de cette tradition que vient notre sirop — une lignée qui va des camps de sucre abénaquis aux terres généreuses de Nouvelle-Beauce, jusqu'à une région aujourd'hui reconnue comme le cœur battant de la production mondiale d'érable. Chaque pot porte en lui les mêmes nuits froides et courtes et les mêmes journées douces qui font couler la sève dans ce coin de la Chaudière chaque printemps.
Nous entaillons les mêmes collines. Nous faisons bouillir de la même façon. Nous sommes seulement les derniers à le faire.
La région
La Beauce est une région du Chaudière-Appalaches, au Québec, nichée au sud de Québec, tout contre la frontière du Maine. Elle regroupe trois MRC — Beauce-Sartigan, Beauce-Centre et La Nouvelle-Beauce — pour une superficie totale d'environ 3 800 kilomètres carrés et une trentaine de municipalités, dont Saint-Georges, Sainte-Marie et Beauceville, pour une population approchant les 112 000 habitants. C'est un territoire de vallée et de collines, organisé tout entier autour de la rivière Chaudière, qui le traverse du sud au nord sur plus de 100 kilomètres avant de se jeter dans le Saint-Laurent.
L'occupation humaine de ce territoire ne date pas d'hier. La vallée de la Chaudière formait depuis des millénaires un axe de passage entre le fleuve Saint-Laurent et le bassin de la rivière Kennebec, dans le Maine, emprunté par les peuples autochtones, dont les Abénaquis, qui désignaient la rivière Kikonteku — la rivière des champs. Cette position de couloir naturel a aussi valu à la Beauce son propre chapitre militaire : en 1775, le général américain Benedict Arnold et ses troupes, épuisés et affamés après deux mois de marche à travers le Maine, ont remonté la vallée de la Chaudière pour tenter de prendre Québec — les premiers habitants de la région, alors les seuls établis sur la rivière, leur ayant vendu le bétail qui les a sauvés de la famine avant l'assaut final.
Pendant longtemps, l'économie de la Beauce s'est bâtie sur une terre généreuse : son sol fertile et la rivière qui la traverse en ont fait, dès le XVIIIe siècle, l'une des régions agricoles les plus prospères du Québec. Au tournant du XXe siècle, l'exploitation forestière et les industries du cuir, de la chaussure et du textile sont venues s'y greffer, forgeant cette réputation d'audace entrepreneuriale qu'on appelle encore le modèle beauceron. Mais la rivière qui a fait vivre la région lui a aussi imposé son rythme : chaque printemps, la fonte des glaces et les embâcles font gonfler la Chaudière, provoquant des inondations récurrentes depuis le XVIIIe siècle — dont celle de 2019, qualifiée de crue du siècle. Envers et contre ces caprices de la rivière, l'acériculture est demeurée un fil constant, au point où la Beauce est aujourd'hui reconnue comme l'une des régions les plus productives en sirop d'érable au monde.
Le territoire mise aussi sur son passé plus insolite et sur le tourisme de nature. C'est ici, à Saint-Simon-les-Mines, qu'a eu lieu la toute première ruée vers l'or au Canada, dès les années 1840, bien avant celle du Klondike. On y trouve aujourd'hui sentiers, pistes cyclables et rivières à explorer, ainsi que les produits du terroir régional — érable, fromages, bières et vins artisanaux — qui témoignent d'une région rurale toujours fidèle à ce qu'elle a toujours été : une vallée généreuse, un couloir entre deux pays, et une terre que ses gens n'ont jamais cessé de faire fructifier.